Alpine et Atelier Tuffery : faire mieux en faisant autrement

Alpine et Atelier Tuffery : faire mieux en faisant autrement

août 10, 2019 0 Par admin

La route s’insinue vers la corniche des Cévennes et l’Alpine qui s’échauffait jusque-là semble soudain humer le bitume avec une gourmandise redoublée. Petite, légère, vive dans ses réactions au point qu’il faut réactiver les capteurs que nous avons tous dans le bas du dos, la berlinette virevolte et fait en trois virages le lien évident avec l’ancêtre. Stupéfiant !

Cinquante ans après ses premiers exploits en rallye, c’est en puisant dans ses gênes et pas seulement dans son histoire qu’Alpine a relancé une façon de rouler à nulle autre pareille. La rigueur des ingénieurs est vérifiable sous toutes les coutures, l’Alpine est un formidable hommage à ce qu’était la voiture de sport jadis grâce au dosage juste du poids et de la puissance. Loin des monstres bouffis de chevaux et pesant plus qu’une camionnette, la berlinette est de celles qui vous réapprennent à conduire. Un fil ténu et direct entre passé et présent qui démontre que, au fond, il n’y a aucune obligation à changer pour exister.

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Cet art des choses bien faites, du geste appliqué, du choix des matières a rapproché le constructeur de Dieppe et un atelier spécialisé dans les jeans dans le fin fond des Cévennes. À Florac en effet, on est à l’épicentre des exploits passés d’Alpine (8 victoires au Criterium des Cévennes entre 1966 et 1977), mais aussi à l’Atelier Tuffery qui confectionne avec amour de toutes petites séries de jeans en dehors des canaux de la grande distribution. « On commence à exister à partir de 100 000 pièces par an pour les fournisseurs, nous en faisons à peine 12 000 », soupire le père Tuffery.

Histoires communes

Une pause sur la corniche des Cevennes, terrain de jeu idéal pour goûter toutes les capacités de l’Alpine 

© Gicey

Après avoir un moment sacrifié à la sous-traitance pour de grandes marques connues, Tuffery est revenu à la confection de très haute qualité, puisant dans son passé les ressorts d’une fabrication artisanale, en demi-mesure ou sur mesure si nécessaire, d’une évidence totale. De là est née l’idée de faire route commune avec Alpine pour lequel il a créé un denim « spécial conducteur ». Le résultat au fond d’une belle rencontre, mais également d’une longue réflexion des deux protagonistes au bout de leurs processus de re-création plutôt que de renaissance.

« Pour nous, développer une synergie entre nos deux marques est apparu comme une évidence, mais surtout une histoire commune, dit Gilles Gautherot, le directeur marketing et communication d’Alpine. Pas question de faire une série limitée avec des sièges en jean comme cela a pu se voir ailleurs par le passé, s’amuse-t-il, mais, en revanche, trouver un jean et une coupe confortable pour un conducteur d’Alpine, ça oui. »

Pour réussir cela, il fallait la jeunesse et l’enthousiasme du petit dernier d’une lignée de Tuffery, famille qui a créé son activité au milieu des montagnes en 1892. L’arrière-grand-père, Célestin, à deux heures de route de Nîmes, a bien sûr utilisé le denim local, 100 % coton indigo pour confectionner des vêtements de travail ultra résistants. Les clients étaient les ouvriers créant la ligne de chemin de fer des Cévennes. Les générations suivantes ont évolué vers le prêt-à-porter, mais difficile, avec le souci de la qualité, d’émerger de la production de masse où seul le prix final compte. Le Maroc, la Tunisie, la Chine ont composé un autre univers où les Tuffery n’ont plus trouvé leur place.

Pionnier du jean

Alors que l’atelier menaçait d’être cédé à un industriel étranger qui en aurait tiré gloire, le dernier des Tuffery, Julien, ingénieur comme son épouse en techniques de l’environnement, a abandonné la carrière pour reprendre l’activité familiale. Après y avoir créé le premier jean français il y a 127 ans, cela valait bien un sursaut de fierté. Aujourd’hui, le père et l’oncle viennent encore prêter la main en ronronnant de plaisir dans l’atelier tout neuf construit aux portes de Florac où s’activent une douzaine de compagnons.

Le jean du conducteur d’Alpine par l’Atelier Tuffery © THOMAS BABEAU

« Mon credo, c’est le travail bien fait, à partir de matières sélectionnées de très haute qualité et écologiquement responsables, dit Julien Tuffery. Les cotons sont choisis en fonction de leurs performances, délavés selon des techniques respectueuses de l’environnement puis assemblés au plus près de l’atelier afin de limiter l’empreinte carbone. »

Un souci partagé avec l’automobile et revendiqué comme une fierté française avec un drapeau tricolore présent sur le passant de chacun des modèles. Ceux-ci, selon la coupe, portent le nom d’un tailleur de la famille et le modèle mis au point pour Alpine n’y échappe pas. Dérivé du modèle Alphonse pour homme en taille standard et du Marianne, un slim taille haute pour femme, ce jean se distingue par son denim de 12,75 Oz avec 2 % d’élasthane pour la souplesse, son bouton de ceinture signé Alpine, ses coutures en bleu de France comme la berlinette et ses rivets aux trois ciseaux de l’Atelier Tuffery.

Poche secrète

La trouvaille propre au modèle Alpine réside dans la poche gousset, plus large autrefois et où on rangeait sa montre de poche. Julien Tuffery l’a réinterprétée à sa façon, pour les besoins de l’homme et de la femme modernes.

La poche smartphone que l’on peut extraire de la poche du jean pour plus de confort, notamment en voiture

© THOMAS BABEAU / DR

Le jean par l’Atelier Tuffery se reconnait dans les détails et ses coutures bleu Alpine

© THOMAS BABEAU / DR

« Nous portons tous un smartphone que l’on glisse dans la poche du jean, mais s’asseoir n’est guère pratique, a fortiori dans une voiture. Nous avons donc conçu une seconde poche intérieure que l’on peut extraire tout en gardant son smartphone sans gêne sur soi. Elle est confectionnée en plus dans un tissu neutralisant les ondes ce qui, pour la sécurité, évite d’avoir un téléphone qui sonne en conduisant. » Une Alpine ne souffre aucune distraction.

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Évidemment, cette qualité sourcilleuse a un prix, de 110 euros pour un jean ce qui est accessible à 290 euros pour un modèle confectionné en chanvre ou en laines locales, avec une traçabilité bio incontestable. Les coupeurs et tailleurs sont formés sur place pendant un an et pas question de sous-traiter pour conserver la maîtrise du processus. Du coup, difficile pour le moment de faire plus de 12 000 pièces par an, mais l’Atelier va bientôt s’agrandir pour satisfaire une demande exigeante.

Aller à Florac pour essayer et acheter ? C’est naturellement possible si vous passez par là mais Julien Tuffery, aux affaires depuis 2015, se réjouit d’avoir, outre ses boutiques éphémères de Paris et Dijon, une vitrine en dehors de ses montagnes : son site internet. « Je vends des jeans Tuffery dans le monde entier, dit-il, mais pas question de dévoyer la production, cela doit rester un vêtement très soigné. »

Une religion partagée avec Alpine dont le succès ne se dément pas et se double déjà d’une version plus puissante réclamée par les clients. La production artisanale a permis de livrer 2 000 voitures en 2018, Gilles Gautherot en espère le double cette année. Avec un prix très inférieur à nombre de ses rivales et un plaisir de conduite très supérieur (lire notre essai), Alpine a réveillé une vérité enfouie. Et sa voiture a été disséquée chez quelques très grands noms de la construction automobile pour savoir comment diable ces Français s’y sont pris pour faire une voiture aussi performante à moins de 60 000 euros. Chapeau les artistes !

La berlinette revient à l’essentiel pour le plus grand bonheur du pilotage

© Alpine


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