Au Vietnam, la croisade d’une minorité pour récupérer son palais familial

Au Vietnam, la croisade d’une minorité pour récupérer son palais familial

février 13, 2019 0 Par admin

EN IMAGES – Issu de la minorité Hmong, Vuong Duy Bao se bat depuis quelques années pour récupérer le palais familial, trésor du patrimoine de sa communauté, réquisitionné par les autorités vietnamiennes.

Amer, Vuong Duy Bao se promène dans les pièces sombres et froides de son ancien palais familial, un trésor du patrimoine de la minorité Hmong, réquisitionné par les autorités vietnamiennes pour en faire un musée. La demeure en pierres et bois précieux fut construite en 1903 par son grand-père, Vuong Duc Chi, un seigneur de guerre devenu riche grâce au commerce de l’opium avant d’être sacré roi du peuple Hmong par la puissance coloniale française. Les lieux sont chargés d’histoire, des sculptures de dragons symbolisent prospérité et longévité, tandis que les fleurs d’opium gravées dans les piliers font écho au commerce du pavot, florissant à l’époque.

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Il y a deux ans, Bao a quitté son emploi au ministère de la Culture pour partir à la retraite et se concentrer sur son histoire familiale. Il raconte qu’au début des années 2000 son palais a été transformé en musée par les autorités locales. Mais il ignorait qu’elles s’étaient aussi attribué le bien, situé dans la province de Ha Giang, dans le nord du pays. Elles refusent de lui restituer à moins qu’il ne produise un titre de propriété, assure-t-il. Une demande «absurde» pour Bao, les documents de ce type n’existant pas à l’époque où la demeure fut construite.

Une communauté éparpillée à travers le monde

«Pour les Hmongs du monde entier, (ce palais) est notre maison familiale. Nous ne pouvons pas le perdre», soupire-t-il, en arpentant ses nombreuses cours à ciel ouvert. Les exemples d’architecture Hmong sont rares, la minorité, originaire de Chine, ayant longtemps été nomade. Pour le petit-fils de Vuong Duc Chi, la croisade pour tenter de récupérer son palais est destinée à défendre l’héritage de sa communauté aujourd’hui éparpillée dans le monde, de la Californie au Minnesota (États-Unis) en passant par la Thaïlande, et qui s’accroche fièrement à ses traditions.

Le Vietnam compte actuellement un million de Hmongs, dont plus de 60% vivent sous le seuil de pauvreté. Déplacements forcés, tentatives d’assimilation infructueuses: les conflits avec le gouvernement sont fréquents. «Plus que toute autre minorité ethnique au Vietnam, les Hmongs ont été marginalisés par des programmes qui prétendent œuvrer pour leur développement», soulignait en 2016 l’anthropologue Ngo Tam dans son livre «La nouvelle voie: le protestantisme et les Hmongs au Vietnam». Les controverses sur le patrimoine Hmong ne font qu’exacerber les tensions.

«C’est un des nombreux éléments qui participe à leur sentiment d’être marginalisés», souligne Sebastian Rumsby de l’Université de Warwick au Royaume-Uni. Dans le même temps, le tourisme est devenu un secteur-clé de l’économie vietnamienne, avec des revenus de 22 milliards de dollars en 2017, et les autorités tentent de profiter de la minorité ethnique pour développer cette manne financière.

Des villages Hmongs ont été recréés, les habitants sont encouragés à porter des costumes typiques en chanvre et à bâtir des maisons traditionnelles alors que beaucoup de jeunes préféreraient un logement plus moderne dont la construction est moins onéreuse. «Parfois, les autorités tentent d’imposer de force leurs idées, mais nous résistons en refusant de les suivre», souligne Vang My Sinh, un Hmong de Ha Giang. «Nous avons toujours eu un esprit communautaire fort, nous construisons des choses ensemble et les préservons ensemble. Rien ne peut nous briser», ajoute-t-il.

D’autres Hmongs se disent heureux de se conformer aux directives du gouvernement si cela peut les aider à sortir de la pauvreté. «Il est bon de préserver la tradition, pour nous-mêmes, pour nos enfants et même pour les touristes qui sont curieux et nous permettent de gagner plus d’argent», estime Va Thi May, un vendeur d’ignames grillées. Bao espère qu’il pourra un jour profiter d’une partie des retombées touristiques en récupérant son palais, érigé sur une montagne à 1.600 mètres d’altitude. Pour lui, le combat est loin d’être terminé. Depuis des décennies, «nous vivons sur ce rocher et nous mourons sur ce rocher», assène-t-il.


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