« Cannabis » CBD : être légal ou ne pas être, là est la question ! »

« Cannabis » CBD : être légal ou ne pas être, là est la question ! »

février 19, 2019 0 Par admin

La chasse aux vendeurs de chanvre non psychotrope est ouverte…

Les boutiques de cannabis CBD fleurissent dans la région. Un commerce qui s’appuie sur une directive européenne autorisant la vente de certains produits. Mais elle n’est pas appliquée en France où la justice fait la chasse aux vendeurs de chanvre non psychotrope.


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Fin
septembre, la police débarque dans une boutique près du
cours Mirabeau, à Aix-en-Provence. Les agents arrêtent
gérant et vendeurs et les placent en garde à vue.
Simultanément, la même scène se joue à
Marseille, près du cours Julien. Puis plusieurs fois, les
jours qui suivent, dans les Bouches-du-Rhône. Tous ces
commerces ont un point commun : ils vendent des produits au CBD,
sigle qui désigne le cannabidiol, un « 
des
composés actifs du cannabis

au même titre
que le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC)
 »
selon la définition de la Mildeca
 (1).
Mais, à l’inverse du THC, le CBD n’a pas d’effet psychotrope.
Les gérants arrêtés risquent malgré tout
des poursuites pour trafic de stupéfiant.

Le
chanvre n’existe pas !

« Un
règlement de l’Union européenne 
(2)
stipule qu’il est possible de produire et de vendre des variétés
de chanvre dont le taux de THC ne dépasse pas 0,2 %
,
explique Jean-Pierre Ceccaldi, fondateur du journal en ligne
Le
Cannabiste
. En
France, des entrepreneurs s’appuient sur ce texte. Ils disent qu’ils
ne vendent pas du cannabis mais du chanvre. Sauf que, pour la loi
française, le chanvre n’existe pas. Tout est cannabis, donc
tout est interdit.
 »
Dans une dépêche du 23 juillet, la direction des
affaires criminelles et des grâces, qui dépend du
ministère de la Justice, indique effectivement aux procureurs
de poursuivre les vendeurs dès lors que des traces de THC,
même infimes, sont détectées. Le seuil européen
de 0,2 % n’est toléré en France que pour la
production. Pas pour la vente. Comme le rappelle la Mildeca, « 
la
présence de THC dans les produits finis, quel que soit son
taux, est interdite
 ».

« Quand
ça intéresse l’État français de
respecter la loi européenne, il le fait, mais là ce
n’est pas le cas visiblement… 
 »,
râle un vendeur de CBD des Bouches-du-Rhône. Pour éviter
les problèmes, il a fait « 
appel
à une avocate spécialisée qui
[l’]a
conseillé sur les produits qu’il est possible de distribuer
légalement
 ».
S’il déplore que des confrères « 
ne
se renseignent pas assez
 »,
il constate néanmoins que « 
les
choses ne sont pas assez claires sur ce qui est autorisé ou
non
 ». Il
est vrai que le CBD est souvent présenté dans la presse
comme du « 
cannabis
légal
 ».
C’est le cas chez presque tous nos voisins européens. Mais pas
encore en France.

Malgré
la fermeture – ponctuelle ou définitive – de
plusieurs boutiques de la région, il reste simple de se
procurer du cannabis CBD. Certains vont en Suisse où la vente
est autorisée pour des variétés qui contiennent
jusqu’à 1 % de THC. D’autres commandent sur des boutiques
en ligne basées à l’étranger qui livrent en
France. « 
Je
vais sur un site espagnol
,
explique Caroline, Marseillaise de 32 ans.
Ça
arrive chez moi en une semaine. Le pli est discret et je n’ai jamais
eu de problèmes avec la douane ou la police.
 »
Elle consomme du CBD comme substitut au cannabis « 
classique »,
plus fort en THC. « 
Le
CBD a le même goût mais sans les effets néfastes
du cannabis : pertes de mémoire et de motivation,
angoisses…
 »,
poursuit-elle. Elle achète des fleurs ou de la résine,
prévues pour des tisanes, mais qui sont en réalité
fumées, mélangées à du tabac. L’effet est
« 
calmant
et rassurant
 »,
décrit Caroline.

Usage
thérapeutique

De
son côté, Danielle, 65 ans, dans les Hautes-Alpes, prend
une dizaine de gouttes par jour d’une huile concentrée en CBD
pour lutter contre des douleurs et des inflammations aux
articulations. « 
Pendant
des années, on m’a gavée d’anti-inflammatoires, sans
aucun effet. J’ai testé le CBD et rapidement j’ai eu moins
mal
 », se
réjouit-elle. Xavier, quant à lui, raconte l’histoire
de sa femme qui, traitée pour un cancer du sein, consomme du
CBD afin de réduire les effets secondaires de la
chimiothérapie. « 
Cela
a été une
grande
aide pour atténuer son anxiété, les
inflammations, et les douleurs
 »,
assure cet ancien haut cadre de l’industrie pharmaceutique. Pourtant,
à
l’heure
actuelle, l’accès aux traitements contenant du THC ou du CBD
est extrêmement restreint par l’agence française du
médicament. Pour le reste
,
« 
aucune
vertu thérapeutique ne peut être revendiquée
notamment par les fabricants, vendeurs de produits contenant du
CBD
 »,
prévient la Mildeca.

A
l’inverse, les usagers du CBD ou du cannabis médical
affirment fréquemment être moins dépendants des
médicaments. Une perspective pas vraiment au goût de
l’industrie pharmaceutique. Celle du tabac ne serait pas non plus
très enthousiaste à l’idée d’une autorisation du
cannabis médical en France. « 
Le
CBD a des effets sur des récepteurs dans le cerveau qui
agissent sur la satisfaction. A ce titre, il est aujourd’hui étudié
et utilisé dans le traitement de certaines addictions, dont
celle au tabac
 »,
note Jean-Pierre Ceccaldi du journal
Le
Cannabiste
. Et
pourtant, les buralistes se disent prêts à vendre de la
marijuana si l’usage récréatif était légalisé
en France. Plusieurs ont d’ailleurs commercialisé du CBD cette
année… jusqu’à ce qu’on les prévienne que
c’est interdit.

Pierre
Coronas

1. Mission
interministérielle de lutte contre les drogues et les
conduites addictives.

2. Règlement
(UE) no 1307/2013.

Enquête publiée dans le Ravi n°167, daté novembre 2018


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