Cannabis : vers un Etat dealer

Cannabis : vers un Etat dealer

juin 27, 2019 0 Par admin

Il est rare que les notes du Conseil d’analyse économique fassent rouler les tambours médiatiques. Celle que signent Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard est donc une exception dans la communication de l’institution crée dans par Lionel Jospin pour conseiller le Premier ministre. Mais il est vrai que dès qu’on évoque la consommation de cannabis (autrement appelé haschich, herbe, beuh, tarpé…),  comme un courant d’air (parfumé) se forme. Peu de sujets portent autant de charge émotionnelle, conflictuelle, idéologique.

Une loi à bout de souffle

Depuis 1970 et la loi instituée sous Georges Pompidou, président célébré par Emmanuel Macron comme un parangon du modernisme (!), la répression de la consommation de cannabis est vécue par une partie de la population, et pas seulement les jeunes, comme une intolérable atteinte à la liberté individuelle de planer. Pour les tenants de la loi, son abolition serait la porte ouverte à toutes les dérives de la société, comme dans le gag de Coluche, « le hakik est antipatriotique ».

Au bout de cinquante années de pratique, la loi de 1970 est devenue odieuse à la banlieue, impraticable par les policiers, inappliquée par la justice

Au bout de cinquante années de pratique, la loi de 1970 est devenue odieuse à la banlieue, impraticable par les policiers, inappliquée par la justice. Quant aux résultats, jugez plutôt : la France est le pays où la consommation de cannabis est la plus forte d’Europe, où les adolescents et préadolescents y goûtent le plus précocement, devenant pour une part significative dépendants du produit, le tout pour les plus grands profits de réseaux mafieux.

Le paradis des bandits

Il faut avouer que pour les bandits, la prohibition est un paradis. Certes, il faut échapper aux policiers ! Mais pour le reste, la vente de cannabis est une caricature du marché totalement libéralisé, produisant des marges extravagantes. Il n’y a aucune contrainte : pas de norme sanitaire (on trouve de tout, et ce n’est pas pour rien qu’on parle de shit), pas de droit social, pas de code du commerce… Et dans cette juteuse anarchie, la lutte pour les parts de marché se règlent parfois à coup de Kalachnikov, et pas seulement à Marseille.

Les auteurs de la note du CAE préconisent donc une rupture totale. Il ne s’agit pas de « dépénaliser », ce qui laisserait libre court à l’appétit des consommateurs et parachèverait le caractère ultralibéral du marché des addictifs. Au contraire, il s’agirait de « retrouver le contrôle », de réduire les consommations et les trafics, en établissant un monopole d’Etat de la production et de la distribution du cannabis. Un Etat dealer unique, en somme. A l’heure où le gouvernement privatise la Française des Jeux, c’est un beau paradoxe.

Jackpot pour l’Etat

On entend les adeptes du bâton et du libre marché s’écrier à l’unisson : quelle horreur ! Pourtant il s’agit d’un décalque de la pratique actuelle avec le tabac, l’herbe à Nicot ne provoquant pas moins de ravages dans la santé publique. Les avantages de ce monopole, héritier direct de la ferme des tabacs de Louis XIV ou de la Régie des tabacs instituée en 1811 par Napoléon 1er, sont bien connus : le réseau des débitants de tabac permet de contrôler les produits, de traquer la contrefaçon et la fraude, le monopole public peut contrôler les prix et l’ Etat de tenter le début d’une politique de réduction des risques, totalement absente actuellement (il suffit d’interroger les associations de lutte contre les addictions pour s’en rendre compte).

Le business plan proposé par le CAE permet d’espérer 2,8 milliards d’euros de rentrées fiscales

Le business plan proposé par Auriol et Geoffard, que ne renierait pas Bernard Tapie, consiste à attaquer le marché à des prix inférieurs (9 euros le gramme) aux tarifs pratiqués sous le manteau (11 euros en moyenne) pour exclure les concurrents hors système, quitte à voire la consommation des adultes s’élever (au contraire des mineurs, exclus des coffee shops d’Etat). Puis de les augmenter afin de dissuader peu à peu la pratique du pétard comme on le fait de la cigarette. Pour l’Etat, ce pourrait être un jackpot : les calculs permettent d’espérer 2,8 milliards d’euros de rentrées fiscales. L’équivalent des deux-tiers de ce que le gouvernement vient de couper dans les indemnités versées aux chômeurs !

La filière chanvre, une idée fumante !

La constitution d’une filière du chanvre français aurait certainement le soutien de la FNSEA. Autrefois, les paysans complétaient leurs revenus en cultivant des plants de tabacs, qui étaient dûment comptés par l’administration des douanes, et dont les feuilles revendus aux neufs manufactures établies sur le territoire (toutes disparues depuis la privatisation de la Seita!). On le sait peu, mais la France a toujours produit du chanvre (pas indien), et demeure leader européen du secteur. Quitte à établir un monopole, pourquoi ne pas l’intégrer verticalement, ce qui permettrait la création, de 27500 à 70000 emplois, selon une étude spécifique du CEA.

A défaut d’une politique résolument protectionniste, de grands groupes américains sont prêts à offrir leurs services. Depuis que certains Etats américains et le Canada ont pris le chemin de la dépénalisation / légalisation de la consommation récréative, les cigarettiers dépensent des fortunes pour acquérir des producteurs de cannabis. Marlboro a investi 1,8 milliard de dollars pour acheter le canadien Cronos. On sait que les géants des boissons alcoolisées, et de la pharmacie se positionnent aussi. On pourrait donc fumer du shit de cowboy, boire du soda qui éclate ou avaler des pilules qui font rire. L’industrie agroalimentaire devrait suivre. Et pourquoi pas des Traou Mad avec une drôle d’odeur ?


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