Comment l’Afrique a transformé l’usage du cannabis

novembre 20, 2019 0 Par admin

Comment l'Afrique a transformé l'usage du cannabis

Chris S. Duvall
dans son livre The African Roots of
Marijuana
(Duke University Press, 2019) dessine à grands traits l’histoire
du cannabis
à l’échelle de l’Afrique entière jusqu’au début du
XXe siècle. Une question difficile tant elle nous invite à réfléchir sur les
imaginaires que nous avons sur cette plante et ses usages. Comment ne pas
éviter les sempiternels débats caus
és par la question de la légalisation du cannabis
en France ? L’auteur qui travaille aux
États-Unis ne fuit pas la question non plus en
s’adressant au public am
éricain pour qui les débats sur le
cannabis n’ont jamais tari alors même que de plus en plus d’
États
américains en légalisent l’usage sous différentes modalités.

Pourquoi
l’Afrique en particulier ? L’auteur nous invite à considérer la manière
dont le cannabis a longtemps été associ
é aux Noirs aux Etats-Unis. Le lien avec
l’histoire de l’esclavage est net. Repenser le lien entre cannabis et Afrique
en devient ainsi logique. Duvall espère donc ainsi démontrer que nombre de préjugés
sur cette plante sont li
és à l’histoire des États-Unis et révèlent en
filigrane l’origine des relations entre populations blanches et noires du pays.
Pour parler du cannabis aux Etats-Unis, il faut parler d’esclavage
transatlantique. Pour parler d’esclavage, il faut parler de l’Afrique.

Le cannabis est
l’une de ces plantes qui a traversé l’Atlantique dans les navires européens qui
transportaient des esclaves africains. L’auteur choisit de se focaliser sur le cannabis
indica
, l’espèce du cannabis connue pour ses effets psychoactifs et
n’évoque finalement que très peu l’utilisation commerciale du chanvre pour
fabriquer les cordages des navires. Ce livre ne se focalise donc pas sur la
façon dont cette plante (sous toutes ces formes) est devenue une marchandise
globale. L’auteur se concentre sur les sources qui parlent de cette plante et
de ses usages jusqu’au début du XXe siècle. Il n’a pas fait d’étude sur le
terrain ni ne cherche à exagérer l’usage de cette plante. Il se limite à des
sources pour la plupart écrites et déjà publiées.

Le cannabis tire
ses origines de l’Asie du Sud au sens large et aurait circul
é à
partir du XVIIe siècle (et peut-être avant) sur les rives africaines de l’océan
indien. En témoigne la circulation du mot hindi « bhang » dans la
langue swahili sous différentes formes. Madagascar dont de nombreux habitants
sont arrivés depuis l’Asie du sud-est actuelle auraient apport
é avec
eux cette plante bien plus tôt. Les pollens de la plante retrouv
és en
abondance sur l’ile montrent que le cannabis y était présent depuis le IXe siècle.
L’analyse linguistique fait ici place à l’histoire environnementale pour mieux
reconstruire l’histoire du cannabis en Afrique.

L’arrivée du
cannabis sur le continent africain va transformer son utilisation. Pipes à eau
ou pipes pour fumer de l’herbe existaient déjà sur le continent. Assez
logiquement, la pratique de fumer de l’herbe s’étend alors au cannabis.
À la différence de son usage en Asie du Sud, c’est en Afrique que le cannabis
va être fumé, ce qui a pour effet de libérer ses substances psychoactives
beaucoup plus rapidement.
C’est cette façon d’utiliser les substances psychoactives du cannabis
qui est aujourd’hui la plus répandue sur la planète. Si la plante vient bien du
sous-continent indien, la façon d’en tirer ses substances psychoactives
provient d’Afrique. L’auteur propose donc une histoire technique et culturelle
du cannabis en Afrique.

Reconstruire les
routes de la diffusion du cannabis reste difficile mais Duvall en voit deux
essentielles La première correspond au monde musulman. Commerce et pèlerinage
à la
Mecque auraient facilit
é la circulation de cette plante. C’est ainsi que
le cannabis sous toutes ses formes s’est répandu jusqu’en Afrique du nord et
dans le bassin méditerranéen. La deuxième voie est plus difficile
à
suivre. Peut-être le cannabis a-t-il parcouru les routes commerciales déjà
existantes en Afrique australe et centrale pour finir par traverser le
continent d’est en ouest entre les XVe et XVIIIe siècles ? Quoiqu’il en
soit, la plante atteint les rives de l’océan atlantique alors que le commerce européen
des esclaves fonctionne à plein régime.

Cette étape est
cruciale puisque le cannabis traverse l’Atlantique avec les esclaves africains.
Peut-être les graines ont-elles été emportées par les esclaves eux-mêmes ?
Peut-être le cannabis a-t-il voyagé avec toutes les plantes qui ont fait partie
plus largement de l’échange colombien ? Encore une fois, le manque de sources
ne permet pas à l’auteur d’être catégorique. La relation entre le travail forc
é des
esclaves africains et le cannabis reste à explorer. Tout comme en Afrique
pendant la période coloniale, la plante avait alors pour réputation de
prolonger les heures de travail des personnes qui la fumaient.

Etudier le
cannabis revient donc à analyser la façon dont une plante a conquis la planète
pendant ces cinq derniers siècles. L’auteur utilise une combinaison de sources littéraires,
linguistiques et archéologiques tout aussi diverses que clairsemées. Son argument
est sans aucun doute fascinant mais il faudra beaucoup plus d’études précises
pour comprendre le voyage et le succès de cette plante. Pourtant cette étude
qui manque de détails nous montre que l’histoire des relations entre humains et
plantes reste encore à explorer dans de nombreuses parties du continent
africain. L’histoire environnementale a encore de beaux jours devant elle.

Suivez-nous sur notre page Facebook.


Huile de CBD peut aider pour vos maux. Visite HuileCBD.be


 
Lire Plus