G7 : comment concilier progrès environnemental et social

G7 : comment concilier progrès environnemental et social

août 29, 2019 0 Par admin

(Crédits : DR)






La France, présidente du G7, a mis la lutte contre les inégalités au cœur du sommet des chefs d’État et de gouvernement qui se déroule à Biarritz du 24 au 26 août. Les formes de solidarités permettant de répondre aux fractures sociales et territoriales sont au coeur du débat national depuis un an. Par Hélène Peskine*

En France comme ailleurs, alors que les inégalités n’ont jamais été aussi fortes, se multiplient les mouvements sociaux, sur fond de défi climatique, de dérégulation économique et de crise d’identité.

Lutter contre les inégalités n’est pas
qu’une question de politique étrangère

La crise des « gilets jaunes » et les interpellations issues du Grand débat national souhaité par Emmanuel Macron appellent pourtant à un sursaut de vision collective, et positive, de notre avenir commun, en France, en Europe, dans un monde qui change et qui menace.

Comment concilier l’ambition environnementale, cet objectif indispensable à la survie de l’espèce humaine sur notre planète dont les ressources s’amenuisent, et la réponse aux aspirations sociales, à la crainte de la précarisation, au désir de consommation, traduit chez les « gilets jaunes », par la demande de pouvoir d’achat ?

Il existe une voie permettant de concilier le progrès environnemental et le progrès social. C’est celle que doivent poursuivre les chefs d’État réunis cette semaine au Pays basque. Il est grand temps que le G7, et le G20 portent un modèle de prospérité qui épargne les plus fragiles et préserve notre planète commune. Trois objectifs s’imposent, pour lesquels les chefs d’État ont la capacité d’agir :

  • Premièrement, il faut chercher à créer les emplois de la transition: dans l’énergie verte, la mobilité propre, le bâtiment économe, le recyclage, la transformation de la production agricole et forestière locale en produits alimentaires, énergétiques, ou de construction, la distribution de proximité dans l’économie sociale et solidaire, l’éducation à l’environnement et à la nature,
  • Ensuite, il faut résolument lutter contre les inégalités liées à la qualité de vie: rendre accessibles au plus grand nombre le confort et la mobilité nécessaires à l’émancipation, un logement, une alimentation et des transports sains, économes et économiques,
  • Enfin, il faut encourager toutes les entreprises à verdir leurs investissements et leurs process de production, en favorisant la consommation de produits écologiques, et en éco-conditionnant les aides publiques.

Répondre à la fois à la demande de « moins d’impôts »
et de « plus de service public »

En France, le grand débat national a permis la libération d’une parole qui ne se sentait plus assez représentée par les institutions, écoutons-la : l’attente des Français porte d’abord sur « mieux » et pas sur « moins » ou « plus » : un meilleur impôt, pour un meilleur service. Mieux, cela veut dire plus juste, plus équitable et plus transparent. Les Français demandent à être mieux informés (et pas « plus ») sur l’utilisation par l’État et les collectivités de leurs impôts et de la fiscalité qu’ils paient tous sur la consommation, et veulent adhérer – et même participer – à la stratégie d’utilisation de l’agent public ainsi collecté. Ils demandent en réalité davantage de politique, et moins de communication!

À l’heure où les réseaux sociaux sont devenus les principales sources d’informations, laissant prospérer la haine et le refus de l’autre, créant des communautés de semblables qui n’existent que par l’exacerbation de leur caractère sectaire, le rôle de l’État et des pouvoirs publics doit être plus que jamais de donner du sens, des clés pour comprendre et agir, de faire de la pédagogie, de rassembler. Quel est le projet commun de notre nation, de notre civilisation?

Les transformations à l’oeuvre dans le monde contemporain sont connues et très angoissantes: développement de l’intelligence artificielle et place du numérique, dérèglement climatique et catastrophes naturelles, migrations et baisse de la croissance économique, épuisement des ressources… Les ruptures technologiques s’accélèrent et laissent de grandes incertitudes sur ce que sera le monde dans cinq ans, dix ans, vingt ans… Le mouvement de repli sur ce qui est connu est un réflexe très naturel face à de tels bouleversements. Qu’il s’agisse du monde économique ou de la vie citoyenne. Quitte à refuser de voir la réalité en face.

Les décideurs, qui ont été élus ou désignés pour agir à une échelle collective, dirigeants d’entreprises, investisseurs, élus, ministres, portent une responsabilité particulière dans ce contexte. Ils doivent à la fois reconnaître les incertitudes qui planent sur les effets de leurs décisions et chercher à rassurer leurs administrés ou leurs équipes.

Ce qui est formidable avec le progrès environnemental, c’est que de nombreuses solutions existent déjà. Les stratégies de transition écologique et de résilience sont d’ailleurs en plein essor : rénovation des bâtiments, circuits courts, mobilités décarbonées, énergies renouvelables, protection de la biodiversité, gestion économe de l’eau, approvisionnement responsable … dans les entreprises comme dans les territoires, le mouvement est déjà à l’oeuvre.

Ce n’est pas anodin: chez les grands donneurs d’ordre (métropoles, grandes entreprises), il peut contribuer à transformer l’économie locale, nationale et mondiale, comme à Paris avec l’achat de 800 bus électriques, ou à Strasbourg qui approvisionne ses cantines scolaires avec des produits bios et locaux, mais également par le développement de fermes locales autour des hypermarchés, ou de poids lourds roulants au biogaz produit avec les déchets alimentaires. Le numérique peut également apporter des solutions d’optimisation extrêmement puissantes pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Les grands appels d’offres de l’État pour les énergies renouvelables s’inscrivent dans cette logique de massification d’une commande « écologique » permettant de créer des marchés solvables et durables. L’investissement socialement responsable et la responsabilité sociale et environnementale des entreprises donnent des clés pour agir dans les activités privées.

Sans avoir besoin de faire appel à la fiscalité, la réglementation nationale peut être suffisamment incitative pour entraîner une transformation de l’économie en créant des emplois, c’était le sens de la loi de transition énergétique pour la croissance verte d’août 2015. Prenons un exemple : l’intégration d’un critère « bas-carbone » dans la réglementation construction est en train de révolutionner le monde du bâtiment : l’utilisation du béton de chanvre coulé isolant, il y a quelques années encore, considéré comme « une niche » pour les militants, se développe à grande vitesse, de même que la construction en structure bois, qui la complète efficacement. Chantiers propres, temps gagné, les bénéfices sont autant écologiques qu’économiques. Il en va de même de la suppression progressive des plastiques à usage unique. L’économie a su se transformer pour répondre à l’enjeu écologique, et le mouvement initié en France trouve déjà un écho européen et bientôt mondial, créateur d’innovation et d’emplois dans les solutions alternatives. Enfin, gageons que l’Europe saura imposer des règles interdisant dans l’agriculture les pesticides chimiques les plus nocifs, destructeurs de biodiversité et vecteurs de graves maladies, pour favoriser le déploiement rapide d’alternatives écologiques, à même de conquérir un marché mondial.

Miser sur le progrès environnemental
plutôt que sur la croissance économique

Le progrès environnemental et social est un objectif qui peut réunir l’ensemble des citoyens. Accéder, pour chacune et chacun d’entre nous, à un air de qualité, une alimentation saine, une eau pure, le confort dans notre logement, des transports efficaces, un emploi stimulant qui respecte des valeurs éthiques, assurer un avenir à nos enfants, voilà une ambition qui ne peut que susciter l’adhésion. Faire passer les politiques environnementales pour des contraintes est un non-sens, quand elles recèlent tant d’opportunités. Il ne s’agit là que d’un réflexe conservateur de résistance au changement.

Il y a sur ce point un choc des générations. Les valeurs éthiques et le respect de l’environnement sont parmi les premiers critères de choix des « millenials » (nés après 1982, aujourd’hui largement entrés dans le monde du travail), qui ont compris que le monde d’hier ne tournait pas rond. Leurs employeurs sont contraints d’en tenir compte. Il en va de même pour la consommation, la méfiance s’est installée chez une partie de la population quant aux méfaits pour la santé des aliments qu’on trouve dans le commerce traditionnel. Or, dans un monde dominé par l’économie de marché, le consommateur compte autant que l’électeur !

On constate déjà, à petite échelle, une forme de ré-industrialisation en France, notamment dans le domaine du textile, de la petite transformation alimentaire, dans l’énergie, le transport. Elle s’inscrit dans un processus de ré-ancrage de l’activité dans le territoire, son histoire, ses ressources et ses savoir-faire, qui profite néanmoins des nouvelles technologies et de leurs promesses. Elle s’inscrit dans une économie de service plutôt que de propriété, et est également marquée par le caractère collaboratif des structures et des actionnariats (coopératives, entreprises solidaires, investissement participatif, partage et troc…).

Il ne s’agit pas pour autant de « démondialisation », car nombre de ces produits de haute qualité, spécifiques à leur territoire d’origine, sont recherchés et largement exportés, à l’image du vin ou du fromage français (80% du cantal produit sous appellation dans le canton de Saint-Flour est exporté hors de France), mais également, par exemple, des textiles techniques. La proximité acquiert ainsi progressivement une valeur nouvelle, mesurable économiquement.

Convaincre de la nécessité du progrès environnemental.

L’écologie est par nature une politique de solidarité puisqu’elle cherche à préserver les liens qui unissent les êtres vivants entre eux, qui forment les éco-systèmes. Les décisions qui génèrent des fractures sociales nouvelles, comme la hausse brutale du prix du carburant, non compensées par des aides à la conversion des véhicules ou le financement de transports collectifs, ne sont pas des décisions de progrès environnemental. Les Français qui subissent cette brutalité ont raison de s’en inquiéter. Ils s’interrogent à juste titre sur d’autres mobilités, moins subies, comme le transport aérien, qui bénéficient de niches anti-écologiques.

Le progrès environnemental ne peut pas être à deux vitesses. C’est une philosophie de l’action publique – et privée – qui doit s’imposer de manière cohérente à l’ensemble des décisions. Injustes, non appropriées ou non comprises, les politiques de transition sont vouées à l’échec.

Il n’y a donc pas de progrès environnemental sans progrès social. Je dirais même qu’en France le progrès environnemental est le nouveau progrès social. La France est relativement préservée des très fortes inégalités qui pèsent sur d’autres États occidentaux (les écarts de salaire en France sont bien moins importants qu’au Royaume-Uni, en Allemagne, ou aux USA), et dispose encore d’une protection sociale efficace, bien que coûteuse.

Fruit de décennies d’aménagement volontariste du territoire, la France (avec quelques exceptions en outre-mer), dispose d’un patrimoine solide d’équipements, de logements et d’infrastructures, capital social séculaire, mais il ne peut jouer durablement son rôle d’amortisseur d’inégalités sociales et spatiales que s’il continue d’offrir le service public qui va avec, notamment aux Français les plus vulnérables, adapté aux besoins contemporains et profitant des opportunités du numérique. La question de l’accès à une offre de soins de qualité par exemple, alors que la population vieillit, est devenue problématique dans de nombreuses régions.

Or, les premiers facteurs d’inégalités sont liés à l’environnement et à son rapport à la santé: précarité énergétique, mauvaise alimentation, proximité et manipulation de polluants chimiques et atmosphériques, inégalité d’accès aux soins, perte de contact avec la nature… Les personnes les plus fragiles y sont les plus exposées. Donner à tous une chance de vivre dans un environnement sain, c’est agir pour la solidarité, et renforcer la cohésion sociale. Cela doit être une priorité.

À l’échelle globale, la protection des travailleurs, l’équité commerciale, et les conditions écologiques de production peuvent également apporter des réponses aux situations de grande pauvreté et de précarité. Un marché comme celui de l’Europe, plus forte concentration de consommateurs aisés du monde, a le pouvoir d’imposer des conditions d’accès qui favorisent de concert progrès environnemental et progrès social.

La coopération est une condition de survie face aux défis auxquels nous sommes confrontés. Les théoriciens du survivalisme et de la « collapsologie » nous apprennent que seule la solidarité entre les hommes permet de surmonter les crises majeures. Qui croit pouvoir s’en sortir tout seul disparaît le premier. Cette question mérite d’être regardée à l’aune des grandes migrations climatiques… Et cette collaboration indispensable intègre également la nature. Nous devons nous réconcilier avec le vivant (sol, air, vent, eau, nature), pour résister aux crises qui nous menacent. Apprendre à respecter l’autre, se nourrir de ce qu’il est et s’enrichir de ce qu’il nous apporte est un gage de survie!

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* Hélène Peskine, 43 ans, est architecte urbaniste en chef de l’État, Secrétaire permanente du Plan urbanisme, construction architecture et créatrice de la plate-forme PEPS pour le progrès environnemental et le progrès social (www.peps.website)


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