La délicate adaptation des toits de Paris à la canicule

La délicate adaptation des toits de Paris à la canicule

juillet 26, 2019 0 Par admin

La capitale essaie d’adapter ses bâtiments aux pics de chaleur sans renoncer à son esthétique haussmannienne. Principale difficulté: les toits sombres en zinc ou en ardoise, mal isolés et mal ventilés, qui font s’envoler les températures.

Paris, sa minéralité, ses toits en zinc…. Cette signature architecturale peut tourner au cauchemar pour les habitants en cas de canicule. Mais la Ville lumière travaille à s’adapter au réchauffement climatique, sans perdre son patrimoine. Paris est une vieille dame: 80% de ses bâtiments ont été construits avant 1945. Hôtels particuliers du Marais remontant au 17e siècle, immeubles haussmanniens du 19e siècle, façades en brique… Toutes ces constructions forment un ensemble harmonieux, mais datent d’avant toute réglementation thermique. La mairie de Paris s’est dotée d’un plan climat ambitieux pour lutter contre le réchauffement climatique, avec en ligne de mire la neutralité carbone d’ici 2050.

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Les bâtiments anciens possèdent des avantages, souligne l’architecte Fabien Gantois, de l’Ordre des architectes d’Île-de-France. «Ils sont mitoyens les uns des autres et ont des échanges réduits avec l’air chaud extérieur» et «les façades sur rue en pierre ont la capacité de garder la fraîcheur», détaille-t-il. Des logements sont traversants et permettent de créer des courants d’air et les immeubles possèdent pour la plupart des cours ou des courettes. «Les courettes sont sous-exploitées, on pourrait y créer des cheminées de froid» en refroidissant l’air de la rue par les caves ou les rez-de-chaussée avant de le faire remonter par ces puits de lumière, envisage l’architecte. Mais il reste un gros point noir en cas de fortes chaleurs: les toits. «Ils ne sont pas isolés, pas ventilés, c’est du zinc ou de l’ardoise, ils sont sombres», énumère Fabien Gantois.

Matériaux bio-sourcés

Des toits clairs ou végétalisés sont, eux, beaucoup mieux adaptés aux fortes chaleurs. Les murs sur cour sont souvent construits dans des matériaux moins nobles que ceux sur rue mais il est plus facile de les isoler par l’extérieur, car les façades ne sont pas sculptées, ou de les végétaliser. Le mieux est d’utiliser des matériaux bio-sourcés, (fibres de bois, chanvre…), qui stockent la chaleur moins vite et la restituent la nuit plutôt qu’en journée. Les fenêtres peuvent laisser entrer beaucoup de chaleur, mais il est possible de les équiper de persiennes ou de brise-soleil orientables.

Les travaux d’amélioration de la performance énergétique d’un bâtiment – isolation thermique par l’extérieur, la végétalisation d’un mur ou des changements de fenêtres – nécessitent une autorisation d’urbanisme auprès de la ville. Spécificité parisienne, les architectes des bâtiments de France, chargés de conserver les bâtiments historiques mais aussi l’habitat aux alentours, ont très souvent leur mot à dire. «Il n’y a pas d’opposition doctrinaire» à des travaux thermiques sur les bâtiments, le feu vert dépendant plus de «la qualité des projets», assure Fabrice Fouriaux de l’Agence parisienne du climat (APC).

Pas facile de convaincre

Pour autant, il n’est pas facile de convaincre des copropriétaires car «à moyen et long terme ça peut être bénéfique mais l’investissement initial est important et compliqué à mettre en place» et ne constitue pas une plus-value à la revente, relève Vivian Dépoues, chercheur à l’Institut de l’économie pour le climat I4CE. L’APC a mis en place un site web dédié où sont inscrites environ 2.200 copropriétés. Réaliser des travaux de rénovation a un coût, mais la question à se poser est «qu’avons-nous à gagner dans la copropriété? Des économies d’énergie et une amélioration du cadre de vie», argumente Fabrice Fouriaux.

À terme, il faudra mener une réflexion «sur l’esthétique de la ville», estime l’architecte Fabien Gantois. «La ville haussmannienne a été conçue dans une idée d’harmonie (…) On ne va pas remplacer ce qui ne se voit nulle part ailleurs par ce qui se voit partout ailleurs, une hétérogénéité». Mais ces toitures inadaptées aux canicules posent un «défi», reconnaît-il. «Que fait-on de ces toitures en zinc et en ardoises?»


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