L’Île-de-France, nouveau terrain de jeu du chanvre

L’Île-de-France, nouveau terrain de jeu du chanvre

octobre 14, 2019 0 Par admin

Dans le village de

Maisoncelles-en-Brie

(Seine-et-Marne), la récolte du chanvre qui a débuté en septembre est sur le point de s’achever et

l’odeur qui se dégage des plants

se confond à s’y méprendre avec celle de son cousin cannabis. 

Les tiges vertes s’élèvent jusqu’à trois mètres

et donnent une impression de forêt tropicale, un décor qui détonne dans ce coin céréalier d’Île-de-France.

Depuis quelques années, la culture du chanvre revient au goût du jour dans la région et la filière s’organise pour offrir des débouchés variés à cette plante ancestrale comme dans la construction automobile, l’alimentaire ou encore le cosmétique. « La principale différence avec le cannabis est que le taux de THC est inférieur à 0,2% donc on peut très bien le fumer, ça ne fera aucun effet« , averti Eric Grange, directeur de Planète chanvre, une entreprise qui récolte et transforme la plante.

2.200Ha de chanvre en Île-de-France

« 

Facile à cultiver

« , le chanvre a « 

un fort intérêt agronomique

« , explique Franck Barbier, agriculteur francilien et président de Planète chanvre. « 

Une fois semée, la plante ne demande pas d’intervention humaine jusqu’à sa récolte, aucun produit phytosanitaire n’est nécessaire, pas besoin d’eau non plus et elle étouffe les mauvaises herbes.

 » Une plante qui se conduit comme un « 

aspirateur des sols

« . Ainsi, une culture de blé peut gagner « 

jusqu’à 10% de rendement

 » après le passage du chanvre, indique Rémi Baudouin, conseiller à la chambre d’agriculture d’Ile-de-France.

Un morceau de chanvre industriel. / © AFP/Philippe Lopez
Un morceau de chanvre industriel. / © AFP/Philippe Lopez

Ces arguments ont séduit

près de 200 agriculteurs franciliens qui y consacrent 2.200 hectares

, principalement en

Seine-et-Marne

et dans l’

Essonne

La superficie a doublé en 8 ans

, précise la chambre d’agriculture, alors que cette culture avait disparu des parcelles franciliennes jusqu’en 2008.

Le chanvre était autrefois utilisé pour les cordages : « on parle de Christophe Colomb et d’autres qui ont traversé les océans grâce au chanvre« , raconte Eric Grange. « Ensuite, le coton est arrivé et c’est une industrie qui a disparu. » Désormais, les enjeux environnementaux poussent les grands industriels à se pencher à nouveau sur cette plante écologique qui pourra « faire vos jeans de demain« , assure-t-il.

Béton de chanvre

« 

Tout est bon dans le chanvre

 » :

la graine appelée chènevis

est riche en omégas 3 et 6, elle a un goût de noisette et peut se consommer telle quelle ; on retrouve aussi le chanvre sous forme de farine, d’huile et de crème cosmétique. La fibre, partie extérieure de la tige du chanvre, est utilisée dans la papeterie, le textile ou encore la plasturgie.

On allège une voiture en réalisant l’intérieur de la porte en chanvre. Le véhicule sera moins consommateur en essence ou en diesel. C’est ce que recherchent aujourd’hui les grands de l’automobile.
Eric Grange, directeur de Planète chanvre

Quant à la

chènevotte

-le coeur de la tige-, elle permet de fabriquer du

béton de chanvre

lorsqu’on la mélange à la chaux. « 

Le procédé n’est pas nouveau, au Moyen-Âge on l’utilisait pour réaliser les murs des maisons de maîtres

« , raconte Sébastien Burin, gérant d’une société spécialisée dans la construction en chanvre. Le dernier projet du jeune trentenaire est la

construction d’une école de 1.700 m²

. « 

Ce n’est pas juste de la bricole dans un coin de campagne, on fait de gros bâtiments avec des procédés écologiques et respectueux de l’environnement

« , défend l’artisan. Sur son

chantier aux airs de cuisine expérimentale

, le béton de chanvre fabriqué sur place est projeté directement sur l’ossature en bois. En à peine quelques heures, trois murs sont érigés.

Faible rendement

Le chanvre a sa carte à jouer en Ile-de-France, « 

important bassin alimentaire et de construction

« , estime le conseiller agricole Rémi Baudouin. Mais les investissements sont lourds :

la production coûte peu mais les outils de transformation sont élevés

, notamment la ligne de défibrage qui permet de séparer les différentes parties du chanvre. Il faut compter « 

5-6 millions d’euros au démarrage et le rendement reste faible par rapport à des cultures comme le blé ou le colza qui dominent le paysage francilien

« , précise-t-il.

La récolte d'un champs de chanvre, à Maisoncelles-en-Brie (Seine-et-Marne). / © AFP/Philippe Lopez
La récolte d’un champs de chanvre, à Maisoncelles-en-Brie (Seine-et-Marne). / © AFP/Philippe Lopez

Pour la filière chanvre régionale, « 

le retour du chanvre répond aux attentes de la société

« . Elle appelle les pouvoirs publics, les élus, les organismes d’aménagement urbain à « 

s’emparer de la question et imposer cet outil biosourcé dans les cahiers des charges des appels d’offres publics

« .


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