Philippe Madec : « Il faut se désintoxiquer de la technique et de la monoculture du béton »

Philippe Madec : « Il faut se désintoxiquer de la technique et de la monoculture du béton »

novembre 10, 2019 0 Par admin

L’architecte et urbaniste est l’un des pionniers de la construction écologique en France, et l’un des initiateurs du « Manifeste pour une frugalité heureuse et créative ».

Propos recueillis par Grégoire Allix Publié le 03 novembre 2019 à 17h58

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Ecoquartier des Noes, Val de Reuil - Atelier Philippe Madec - Photographie : Pierre-Yves Brunaud
Ecoquartier des Noes, Val de Reuil – Atelier Philippe Madec – Photographie : Pierre-Yves Brunaud PIERRE-YVES BRUNAUD

Entretien. Pionnier de l’architecture durable, Philippe Madec est l’un des initiateurs du « Manifeste pour une frugalité heureuse et créative », déjà signé par 7 000 professionnels, qui engage le monde de la construction et de l’aménagement à sortir « des visions technicistes et productivistes, gaspilleuses en énergie et en ressources de toutes sortes ». Philippe Madec a reçu le prix de l’Equerre d’argent en 2018 pour l’écoquartier qu’il a construit à Val-de-Reuil, dans l’Eure. Il présidait le comité de sélection qui a choisi, le 15 octobre, l’architecte Christophe Hutin, apôtre d’une architecture de la frugalité, pour représenter la France à la Biennale de Venise en 2020.

Qu’est-ce qu’une architecture frugale ?

L’enjeu, c’est deux fois plus de bien-être avec deux fois moins de ressources. Il faut se montrer économe en énergie, en matériaux, en technicité, en territoire. Nous avons recours à ce que la nature nous apporte et qu’on a pris l’habitude de confier à la technique : l’air, la lumière, la chaleur… Il faut retrouver une relation à la nature et au climat, des matériaux biosourcés en circuit court, une architecture bioclimatique, des systèmes de ventilation naturelle.

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Nous sommes en train de concevoir, pour l’office public de l’habitat Aquitanis à Bordeaux, un immeuble de logements sans aucune ventilation mécanique. Pour réussir cela, il faut mettre des fenêtres dans la salle de bains, les WC, la cuisine… retrouver un confort de vie. On le fait par un travail d’architecte, une attention à l’espace. Une partie des appartements sera même sans système de chauffage. Dans un bâtiment très bien isolé, les apports solaires et ceux de la vie quotidienne – les appareils électriques, l’eau qui chauffe pour le thé, etc. – sont parfaitement suffisants.

Construire durable, c’est se passer de la technique et du béton ?

Il faut faire le deuil du modernisme. Se désintoxiquer de la technique, cela ne signifie pas moins de confort, mais cela demande un effort culturel que la plupart des maîtres d’ouvrage n’ont pas encore accompli. Et il faut en finir avec la monoculture du béton. On n’a pas modernisé le monde, on l’a bétonné. C’est quoi, le béton ? Du ciment, extrêmement émetteur en CO2 ; du sable, qui est devenu une pierre précieuse ; et de l’eau, le pétrole de demain… On aura toujours besoin du béton pour certains ouvrages particuliers. Pour le reste, on peut utiliser des matériaux biosourcés : du bois, de la terre coulée, dont la mise en œuvre est très proche de celle du béton, de la paille, des isolants en béton de chanvre… Il n’y a plus de projet générique, de solution globale. Il faut construire avec les ressources locales.


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