« Speakeasy », des bars cachés plus tellement secrets

« Speakeasy », des bars cachés plus tellement secrets

janvier 13, 2020 0 Par admin

On le croyait devenu ringard, le bar caché continue pourtant de prospérer à Paris, déclinant le concept à l’envi.

Un banal snack de hot-dog, qu’il faut traverser pour rejoindre la cabine téléphonique située au fond du boui-boui. Composer le 1 et raccrocher, s’il y a de la place, c’est gagné, le mur de la cabine s’ouvre tel un sésame. Quand le Please Don’t Tell (« PDT » pour les initiés) a ouvert ses portes à New York en 2007, ce genre de bar caché se comptait sur les doigts d’une main, avec notamment le Angel’s Share et le Milk & Honey. « Il y avait un code de bonne conduite du gentleman : on ne pouvait pas utiliser son portable, ni communiquer avec la table voisine, il fallait demander la permission au barman, se souvient Thierry Daniel, co-organisateur de la Paris Cocktail Week. Le Please Don’t Tell a démocratisé cet esprit speakeasy avec une ambiance plus décontractée. » A Paris, le premier à avoir lancé la tendance a été la Candelaria, un bar à cocktails planqué derrière une taqueria. L’établissement, lancé en 2011 par l’équipe de Quixotic Projects (Les Grands Verres, Hero, Le Mary Celeste), a fait des émules aux quatre coins de l’Hexagone : Little Red Door, Moonshiner ou La Mezcaleria à Paris, Symbiose à Bordeaux, Le Passage à Lyon ou encore Carry Nation à Marseille.  

La façade sans nom du Little Red Door, avec sa fameuse entrée en trompe-l'oeil.« >

La façade sans nom du Little Red Door, avec sa fameuse entrée en trompe-l’oeil.

sdp

Hormis celle de ce dernier, qui nécessite un mail de réservation pour l’obtenir, chacune de ces adresses est référencée sur Google. Un comble pour des établissements qui s’inspirent des « speakeasy », ces bars clandestins où l’on chuchotait pour commander de l’alcool durant la Prohibition des années 1920 aux Etats-Unis. De ces comptoirs interdits, les speakeasy d’aujourd’hui n’ont retenu bien souvent que l’aspect ludique de la planque et son effet de surprise. On aurait pu penser le concept usé, notamment depuis ces trois dernières années avec la multiplication de comptoirs ouverts sur la rue et moins codifiés. Mais les bars cachés continuent de prospérer, notamment à Paris qui voit chaque année plusieurs adresses émerger. « Le cocktail s’est démocratisé certes, mais tous les consommateurs ne savent pas encore ce qu’est un speakeasy. Donc l’effet de surprise marche encore dans une ville comme Paris où l’on sort peu, comparé à Londres ou New York, analyse Thierry Daniel. L’univers caché, secret, ça plaît toujours. » 

Fleur d’oranger, eau de rose ou ras el-hanout

Cela plaît d’autant plus que l’offre s’est largement diversifiée, ne se contentant plus de rejouer l’ambiance années 1920 américaines. « On voulait faire un speakeasy avec les codes de chez nous, pas un truc avec du jazz, des canapés Chesterfield et des rideaux en velours », raconte Tacos. Avec ses amis Yoan Cayzac et Marie Saulnier, l’entrepreneur parisien a cofondé en 2015 le Lavomatic, un bar à cocktails aux airs de loft cosy caché derrière une laverie. Quatre ans plus tard, le lieu, grand comme un mouchoir de poche, ne désemplit pas. Un succès qui a incité le trio à ouvrir une deuxième adresse. Lancé au printemps 2019 et situé à cinq minutes à pied du Lavomatic – pratique pour aiguiller les clients qui attendent une place -, L’Epicier est basé sur le même principe. Cette fois, c’est derrière une épicerie de nuit que le bar à cocktails est niché. Pour y accéder, il faut tirer sur une boîte de semoule pour couscous située sur l’étagère du fond. A l’intérieur, des éléments de déco récupérés au Maroc et des cocktails à base de fleur d’oranger, d’eau de rose ou de ras el-hanout.  

Tété du Bled, un cocktail à base de rhum et soda au thé à la menthe marocaine servi dans une théière orientale, à déguster à L'Epicier.« >

Tété du Bled, un cocktail à base de rhum et soda au thé à la menthe marocaine servi dans une théière orientale, à déguster à L’Epicier.

sdp

« Sur le fond, on fait la même chose que les bars à cocktails ayant ouvert ces dernières années, en travaillant des produits bien sourcés et en réalisant nos préparations maison, se justifie Tacos. Ce qui nous différencie, c’est peut-être le profil de nos clients. On attire davantage les touristes que les gens du quartier. » Ce qui ne veut pas dire que ces bars n’ont pas leurs habitués : « Nombre de clients déjà venus reviennent plus tard avec un nouveau groupe d’amis. Le bouche-à-oreille est essentiel. » Il est même indispensable pour maintenir l’effet waouh menacé par les clients un peu trop bavards sur les réseaux sociaux ou ceux qui font le pied de grue devant la laverie. « Nous ne communiquons pas l’astuce pour entrer dans nos bars, mais nous ne pouvons empêcher les gens de faire une story sur Instagram », explique Tacos.  

Conscients du potentiel Instagrammable de ces bars cachés, vecteur de clientèle sans cesse renouvelée, les restaurants qui en ont la capacité consacrent désormais un espace aux cocktails plus ou moins dissimulé. C’est le cas de Pink Mamma (du groupe de restaurants Big Mamma) et son No Entry, installé derrière les toilettes au sous-sol, de Carbon, qui abrite en son antre La Mina, ou de la crêperie Breizh Café Montorgueil et sa Cave à cidre aux accents nippo-bretons. « Dans leur communication, plutôt que d’expliquer qu’ils ont un bar à l’étage ou au sous-sol, ces restaurants préfèrent dire qu’ils ont un speakeasy même si ce n’est pas vraiment le cas, décrypte Thierry Daniel. C’est plus une accroche marketing. » Les hôtels s’y mettent aussi, comme The Hoxton et son Jacques’ Bar ou encore le Normandy Hotel, au sous-sol duquel on trouve depuis décembre 2019 le Rehab, premier bar à cocktails au CBD (cannabidiol, molécule du chanvre qui n’a pas d’effet stupéfiant, NDLR). Paradoxalement, les volets qui masquaient le bar de la Candelaria, rue de Normandie, ne sont plus fermés, quant au Little Red Door, ce sont les épais rideaux aux fenêtres qui ont été retirés l’an passé. La fin d’une ère et le début d’une autre. 

Quelques adresses

L’Epicier, 24 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris.  

Cave à cidre, 14 bis Rue des Petits Carreaux, 75002 Paris. Tél. : 01.42.33.97.78. 

La Mina, 14 rue Charlot, 75003 Paris. Tél. : 01.42.72.49.12. 

Le Serpent à plume, 24 Place des Vosges, 75003 Paris. Tél. : 07 67 07 08 68. serpentaplume.com  

Rehab, 7 Rue de l’Échelle, 75001 Paris. 


Huile de CBD peut aider pour vos maux. Visite HuileCBD.be


 
Lire Plus